Feldenkrais

, par Nathalie Durgniat

Le contexte de la découverte

Dans une période de ma vie propice aux remises en questions et à une grande introspection, j’avais envie de compléter mes activités professionnelles et de loisirs par une approche qui me permettrait de mieux connecter mon corps et mon esprit. La découverte, puis la pratique régulière du massage m’avait déjà permis de mieux percevoir mon corps, de mieux me l’approprier et ainsi d’améliorer grandement l’estime de moi. Mais j’avais l’impression de rester passive et je réalisais que ma perception restait superficielle, concentrée sur mon enveloppe corporelle. J’ai donc cherché une activité centrée sur le mouvement, et la prise de conscience de ce mouvement. Une amie m’a signalé que le Feldenkrais pourrait correspondre à mes attentes. J’ai dû me faire répéter plusieurs fois ce mot, puis elle me l’a épelé. J’étais un peu déçue car le libellé de cette activité mystérieuse n’avait rien de sexy ou moderne. Rien à voir avec la "Zumba" ou le "KangaStyle" qui donnent envie de s’y adonner rien qu’à la musique de leur mot.

Prise de contact

J’ai surmonté mes premières réticences et j’ai donc téléphoné à une praticienne de la méthode Feldenkrais à Neuchâtel. C’était Heidi Borel. Lors de notre premier échange téléphonique elle m’a demandé si j’étais souple. N’étant pas très sportive et d’aucune souplesse, je me suis imaginée une activité proche du yoga ou j’allais souffrir à tenter des mouvements douloureux. J’espérais qu’elle m’intégrerait à un groupe débutant pour ne pas me décourager trop vite à tenter des mouvements que je serais la seule à ne pas atteindre, ce qui serait assurément très frustrant. (Là je pense à la tortue par exemple...) Finalement énormes éclats de rire car nous réalisons que l’une pense à la souplesse physique tandis que l’autre s’intéresse à ma souplesse horaire. Me voilà complètement rassurée et nous convenons d’un rendez-vous.

Première leçon

C’est ma première leçon. Je m’apprête à entrer et je me fais déjà rabrouer car je n’ai pas enlevé mes chaussures. J’ai alors peur d’arriver chez une illuminée adepte de spiritisme et d’entrer dans un temple mystique. Elle me rassure en se présentant comme infirmière, praticienne de la méthode Feldenkrais, et la salle est toute simple. Ouf, je n’ai plus l’impression d’entrer en religion. J’expose mes attentes, et les maigres informations que j’ai déjà réunies concernant la méthode Feldenkrais. J’ai ensuite droit à une brève présentation de la méthode et enfin on entre dans le vif du sujet. La séance passe très vite et à mon retour à la maison, je commente brièvement mon expérience dans mon journal intime.

"13 août 2015, 1ère leçon Feldenkrais. Très bon sentiment et très proche des leçons de piano de Paul. J’ai adoré les mouvements dans la tête . C’était assez euphorisant."

Parallèles avec le piano

En effet, lors de ma dernière leçon de piano, mon professeur me demandait d’ imiter deux cors dans quelques mesures de ma sonate pour piano de Mozart, y compris l’attaque un peu sale de la première note, ce qui arrive souvent lorsqu’on joue ces instruments à vent. Je jouais donc ces quelques notes en y cherchant intensément le son de deux cors. Et effectivement, après quelques répétitions, j’avais soudain la sensation d’être un orchestre à moi toute seule, avec un instrumentiste différent à chaque doigt. Dans le Feldenkrais, les mouvements dans la tête, c’est pareil . Soudain on a une maîtrise , une grâce et une précision dans les mouvements fabuleuse. Et cette sensation est euphorisante.

Apports de la méthode

En fait je pense que dès la première séance j’ai assez bien compris les bienfaits que pouvaient m’apporter cette méthode. Le fait de bouger, très lentement, en prenant conscience des infimes connexions de l’ensemble de notre corps permet une meilleure conscience de soi dans la globalité et améliore peu à peu la fluidité de nos mouvements . Ce processus renforce la confiance en soi, démontre la capacité d’adaptation de notre cerveau et de notre corps aux conditions externes ou internes toujours en mouvement.

Tenue vestimentaire

Heidi à un sens relationnel et visuel très développés. Elle observe intensément chaque élève et adapte en conséquence ses instructions orales pour nous aider à effectuer les mouvements. Elle reconnait lorsqu’on est perdu et nous apporte alors son aide orale ou tactile. Il lui est arrivé de lisser mon t-shirt, pour enlever les plis qui l’empêchaient de bien saisir chacun de mes mouvements. J’ai donc décidé de porter dorénavant un t-shirt moulant. Mais lorsque j’ai expliqué au cours suivant que "je portais un t-shirt moulant pour qu’Heidi puisse voir mon corps" tout le monde a bien rigolé car c’était une formule assez maladroite qui pouvait prêter à confusion.

Concentration et légèreté

Elle dirige aussi l’orientation de nos yeux, même lorsqu’ils sont fermés. Parfois, lorsqu’elle me demande où sont dirigés mes yeux fermés, je prends conscience qu’ils sont tournés vers l’intérieur de moi. Je réalise alors à quel point je suis centrée en moi, attentive à toutes les sensations de mon corps. Dans ces moments, il arrive qu’Heidi me trouve un peu trop sérieuse et trop profondément immergée en moi, alors elle place un de ses traits d’humour dont elle a le secret, ce qui me fait éclater de rire et revenir en surface avec plus de légèreté.

Conclusion

Désormais, je me réjouis chaque semaine de partir à la découverte de mes nouvelles possibilités de mouvement et de toutes les sensations que cela engendre dans chacune des parcelles de mon corps.

Remerciements

J’en profite pour remercier Heidi de son professionnalisme, de sa patience et de sa ténacité.

Neuchâtel, le 24 février 2016